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In vivo, l’artiste en l’œuvre ? – Editorial

In vivo, l’artiste en l’œuvre ? – Editorial


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La question des arts construits autour du monde vivant1 (bio-art, body-art, art environnemental…) est aujourd’hui considérablement orientée par un désir que l’on pourrait définir par le préfixe « trans- ».

On pense bien-sûr d’emblée au transgénique, avec les applications au domaine artistique de la biologie par Eduardo KAC, par exemple, sur le GFP, protéine fluorescente verte qu’il transmet à des souris, ou encore sa création d’Edunia, un pétunia porteur de fragments de son ADN. Mais aussi à la transmutation, en considérant les fabriques de vêtements de poupées avec des cultures de cellules de Mc Coy par TC&A project. Ou encore à la transgression vis-à-vis de l’éthique contemporaine, ce qui pourrait s’appliquer aux deux exemples précédents, mais tout autant à des expériences plus performatives, telle que Bleu de Yann Marussich, performance dans laquelle il exhale du bleu de méthylène par tous les pores de sa peau dans un caisson de sudation, quand la substance est déclarée dangereuse à l’ingestion par son fabricant même. Le souci de transmission est aussi omniprésent dans les pratiques artistiques autour du vivant, comme on peut le voir à travers des œuvres telles que The cosmopolitan chicken project de Koen Vanmechelen, dans lequel ce dernier tente de produire la poule génétiquement universelle en mariant chaque saison des poules d’origines différentes pour obtenir, d’ici quelques dizaines d’années, le métis absolu de poule. Et certainement, ces considérations nous portent à réfléchir à la transversalité et à la transdisciplinarité, processus obligés par lesquels passent ces artistes pour arriver à leurs fins : une compréhension différente du monde vivant par une analyse conjointement artistique et scientifique.

De fait, nous sommes obligés de constater que les artistes s’intéressant au monde vivant s’éloignent de plus en plus des notions de reproductibilité du réel  pour expérimenter la transformation de ce monde. Ce type d’art semble rechercher un dépassement des critères de la représentation, et peut-être même de la conception du monde vivant, à travers une confrontation expérimentale quasi-obligée au réel, c’est pourquoi nous avons tant convoqué ici le préfixe « trans- » : « au-delà », « au-travers ».

Et la question se pose presque immédiatement de la définition de l’artiste comme auto-expérimentateur. Jusqu’où ce dernier est-il prêt à expérimenter sur le vivant et sur lui-même en particulier pour arriver au dépassement d’une nouvelle frontière de représentation artistique ?

Nous aimerions proposer ici une réflexion sur la dimension performative de ce type d’art. Dans la recherche d’un art transformateur lié au monde du vivant, il nous semble en effet essentiel de nous interroger sur la place du créateur perpétuellement amené à repenser ses expériences, afin de  permettre au spectateur d’appréhender un monde vivant lui-même en transformation. Ainsi, comment l’artiste envisage-t-il de s’adresser au spectateur dans une œuvre sur le vivant qu’il est le premier être vivant à expérimenter ? L’expérimentation comble-t-elle ou aggrave-t-elle le fossé de la compréhension de l’œuvre par le spectateur ? Comment le spectateur se sent-il convoqué par ces modes opératoires ? Autant de questions qui visent à proposer un état des analyses du monde vivant contemporain par les artistes, dont les expériences atteignent des dimensions parfois improbables, qui peuvent rester à l’état de projet. C’est pourquoi nous voulons insister sur la dimension prospective, qui laisse une grande place à la fiction et à la recherche, de cet appel à projet.

Citer cet article

Marion Laval-Jeantet, « In vivo, l’artiste en l’œuvre ? – Editorial », [Plastik] : In vivo, L’artiste en l’œuvre ? #02 [en ligne], mis en ligne le 21 mars 2011, consulté le 12 décembre 2017. URL : http://plastik.univ-paris1.fr/in-vivo-lartiste-en-loeuvre/ ISSN 2101-0323

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