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Et si la consistance du monde ne nous était pas donnée ?

Et si la consistance du monde ne nous était pas donnée ?


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Table des matières

Remerciements

L’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne

L’École des Arts de la Sorbonne

L’École Doctorale APESA

L’Institut Acte

Au nom de l’Institut ACTE, José Moure et moi-même remercions l’ensemble des auteurs de ce numéro et l’ensemble les membres permanents, membres associés, et doctorants qui ont participé aux différents évènements et actions qui ont rendu possible ce numéro thématique.

Nous remercions également Christophe Viart, pour sa proposition d’accueillir dans la revue Plastik la publication des actes de ce colloque transversal.

Présentation

Le dossier thématique « Et si la consistance du monde ne nous était pas donnée ? » est né de la volonté de l’Institut ACTE, Unité de recherche UR7539 de l’Université paris 1 panthéon-Sorbonne, de fédérer ses chercheurs, membres permanents, membres associés et doctorants, autour d’un sujet commun. La problématique retenue est le fruit d’un workshop qui s’est tenu le mercredi 8 juin 2022, réunissant les membres de l’Institut ACTE et qui a conduit à un appel à contribution auprès de ses membres et à l’organisation d’un colloque transversal regroupant plusieurs chercheurs de l’unité de recherche, tout axe confondu. Le colloque qui s’est tenu du 1er décembre au 2 décembre 2022 a été l’occasion de croiser les champs disciplinaires et d’engager une réflexion commune sur les orientations que ce sujet peut prendre à travers différents champs d’étude (Arts plastiques, Cinéma, Design Arts Médias, et Théories de l’art). Ce sont à la fois des méthodes de recherche spécifiques à chaque discipline et des champs variés de références qui ont pu émerger et être partagées. Il a réuni les participants suivants : Ariane Noël de Tilly (professeur invitée du Savannah College for Art & Design, Georgia, USA), Aurélie Herbet, Sofia Mavrogianni, Ambre Charpier, Kim Sacks, Clara Joly, Meris Angioletti, Wakako Tanabe, Wladislas Aulner, Sarah Matia Pasqualetti, Laurence Gossart, Anitra Lourie, Frédéric Verry, Claudia Washington, Emeline Gougeon, Cécile Bourgade, Véronique Verstraete, Nicolas Longuechaud (artiste jongleur), Catherine Chomarat-Ruiz. Ce colloque transversal a été organisé et portée collectivement par l’équipe de direction de l’Institut ACTE (José Moure, Sophie Fétro) et le comité scientifique constitué de :  Marco Dell’Omodarme (Esthétique et théories critiques de la culture), Sarah Leperchey (Cinéma), Benjamin Sabatier (Arts plastiques), Antonella Tufano (Design, Arts, Médias), Christophe Viart (Arts plastiques).

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Comité scientifique 

Elsa Ayache, Camille Bui, Lydie Delahaye, Sophie Fétro, Sarah Leperchey, José Moure, Kintuta Quiros, Caroline San Martin, Christophe Viart.

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Avant-propos

La consistance du monde, sa matérialité notamment, ne vont pas de soi. Elles appellent à être interrogées et qualifiées. Sans doute est-il besoin que des artistes la manifestent, l’actualisent, afin qu’elle puisse s’ouvrir au partage, au commun. À considérer que cette consistance n’est pas donnée d’avance, alors sans doute est-il nécessaire qu’un travail de création s’engage afin de lui donner réalité et de la faire exister.

Les arts ont toujours eu un rôle central dans cette “entreprise”. Artistes, historiens et théoriciens de l’art, cinéastes, designers, acteurs culturels, ont contribué et contribuent à rendre manifestes et sensibles les états et régimes de consistance du monde : plasticité, substance physique et métaphysique, densité poétique, étendue fictionnelle, résistance, aspects…

Comment dès lors les arts, les artistes et tous ceux qui composent le champ de la création et de la conception parviennent-ils à conférer au monde une consistance perceptible, en “augmentant”, comme le suggère Andrea Branzi, “l’épaisseur du réel” ou en étant attentif à d’autres modalités d’existence (le quotidien, l’inframince, le peu, etc.) ?

Il ne s’agit pas de laisser accroire que cette consistance est donnée et gagnée d’avance mais de faire, composer, créer avec ce qui résiste à sa perception, sa captation, à son enregistrement, à sa traduction, à sa restitution.

Si créateurs et concepteurs questionnent  la durabilité, la permanence, la persistance et la continuité du monde, il s’intéressent aussi à ce qui mute, à ce qui ne consiste pas, à ce qui ne dure pas, au précaire, aux formes mouvantes, au non solide, aux métamorphoses, au non-arrêté, au mou, au gazeux, à ce qui n’est pas figé… La temporalité d’un film ou une performance, par exemple, ne rendent-elles pas manifestes l’évanescence et la mutabilité d’un monde en perpétuelle transformation ? Ce sont ainsi des phénomènes mouvants qui peuvent être évoqués. L’architecture éphémère, les inventions spontanées, les performances, n’ont pas le même rapport au solide et interrogent, par effet de contraste, la pérennité matérielle, la stabilité, la persistance de certains phénomènes. Ces « inconsistances » potentielles et aventureuses intéressent l’art et les artistes, car elles sont autant de matérialités et de qualités possibles qui ouvrent à une perception et à une expérience sans cesse actualisées du monde, mais aussi porteuses d’histoire, de mémoire, de strates de connaissance, etc.

Cette question s’aventure donc sur le terrain de l’incertitude, de l’événement, de l’imprévu, de l’éventualité et de la spéculation, de ce qui n’a pas été scénarisé.

Le « Et si » constitue aussi bien une invitation aux récits, à la narration, aux mythes, à la fiction, qu’une méthode pour la recherche : une recherche qui fait de l’hypothèse et de l’incertitude un principe de démarche heuristique. Affectionnant la fiction et les récits, les arts se retrouvent sans doute sur ce terrain de la spéculation et conduisent plutôt à faire vaciller les certitudes, ouvrant la voie à la remise en cause critique des idées reçues et à des processus de défamiliarisation. Il devient également possible d’envisager les fluctuations de la matérialité des choses et des idées, leurs possibles mutations, métamorphoses, transformations, évolutions, comme une façon d’entrer en phase avec l’impermanence du monde. Ceci n’est toutefois pas sans soulever une tension paradoxale car les œuvres et les écrits ne sont-ils pas des traces et des marqueurs de temps, autrement-dit une façon de fixer les choses ?

Quant à ce « nous », il interroge les êtres qui pourraient être constitutifs de ce monde, appelant à un nécessaire décentrement, supposant une écologie des relations, invitant à un rapport élargi et non-anthropocentré avec le vivant et le terrestre.

C’est ainsi dans les champs des arts plastiques, du cinéma, du design, de l’esthétiques, des études culturelles, que cette question est traitée par les différents auteurs de ce numéro.

Bonne lecture à vous.

[Figure 1]

 

 

Citer cet article

Sophie Fétro, « Et si la consistance du monde ne nous était pas donnée ? », [Plastik] : Et si la consistance du monde ne nous était pas donnée ? #13 [en ligne], mis en ligne le 21 décembre 2023, consulté le 12 juin 2024. URL : https://plastik.univ-paris1.fr/2023/12/21/et-si-la-consistance-du-monde-ne-nous-etait-pas-donnee/

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