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Chant des aurores boréales dans l’œuvre d’Anna Hill :

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Table des matières

La mythologie nordique à la base de recherches scientifiques

 

Anna Hill est l’une des artistes contemporaines dont la recherche artistique se focalise sur l’exploration de l’espace et sur la place de l’Humain dans l’univers. Depuis plusieurs années, elle travaille sur l’interaction entre la conscience humaine et la nature, utilisant les recherches scientifiques actuelles. Une partie importante de son travail est consacrée aux aurores boréales dans la région de l’Arctique. Ce phénomène qui émerveille les gens depuis des siècles suscite également des questionnements scientifiques auxquels nous  n’avons pas eu de réponses jusqu’à récemment.

Depuis toujours les artistes s’inspiraient de l’univers céleste. La cosmologie, l’astronomie et l’astrologie étaient au cœur des œuvres des artistes de la Renaissance et des époques postérieurs. L’exploration de l’espace aérien et cosmique prend de plus en plus une grande ampleur dans les recherches actuelles. Les artistes contemporains ont accès aux dernières découvertes scientifiques grâce à la médiatisation importante des résultats des recherches. L’ouverture d’institutions, comme la N.A.S.A. et l’Agence Spatiale Européenne, à la collaboration avec des artistes permet la création d’œuvres impliquant des données provenant directement de l’espace cosmique et atmosphérique. Si le concept de « musique de sphères1 » est resté utopique pendant des siècles, aujourd’hui les scientifiques enregistrent les sons provenant de l’espace cosmique.

 

Les aurores boréales dans la mythologie ancienne

L’observation des aurores polaires semble remonter à la plus haute antiquité. Aristote, 400 ans avant J.C. et Sénèque au commencement de notre ère, ont observé les aurores qu’ils considéraient comme un phénomène purement atmosphérique. Pline leur attribue une cause surnaturelle. Il les considère comme une colère des Dieux, comme un présage d’événements funestes. Au Moyen Age le phénomène des aurores polaires était encore discrédité par les préjugés, et c’est seulement  au commencement du XVIIème siècle que l’on voit les premières  recherches scientifiques essayer de donner une explication à la « lumière divine » éclairant le ciel nocturne. Ainsi,  « Gassendi qui vécut de 1590 à 1655 eut l’occasion d’observer plusieurs aurores polaires (…) et il donna à ces  météores  le nom sous lequel on les désigne encore aujourd’hui ». 2 Le nom « aurore boréale » vient de la rencontre d’Aurora, la déesse romaine de l’aube, avec Boréas, le dieu grec du vent du nord.

Les peuples des différents pays nordiques ont créé plusieurs mythes autour du phénomène des aurores polaires, souvent associés à des esprits venant de l’au-delà. Les aurores sont associées à la mort, à la fécondité, à la chance ou au malheur selon la provenance des légendes. Les Inuits et les Indiens d’Amérique ont souvent interprété les aurores polaires comme la manifestation de l’esprit des morts. Un mythe algonquin raconte que lorsque Nanahbozho le créateur de la Terre eut fini son travail, il s’est installé dans le Nord. Il y fit de grands feux pour que les gens ne l’oublient pas, ce qui donna lieu aux aurores boréales. Seuls les Esquimaux de Point Barrow considéraient les aurores comme une mauvaise chose. Ils allaient même jusqu’à se munir de leurs couteaux pour les chasser. Certains mythes indiens voient encore les aurores polaires comme des feux destinés à faire bouillir d’énormes marmites. Les Menominee, du Wisconsin, croyaient que des géants du Nord tenaient en leur main d’immenses torches pour les éclairer lors de leur pêche à la lance. Chez le peuple Sami, l’aurore est aussi connue sous le nom Guovssahas, qui signifie « la lumière qui peut être entendue » car les aurores polaires ont été traditionnellement associées par les Samis, le peuple indigène de Norvège, à un son.

 

L’étude des sons des aurores boréales dans les recherches scientifiques

Les scientifiques occidentaux restèrent longtemps sceptiques par rapport aux récits des peuples nordiques. Dans le « Traité élémentaire de physique théorique et expérimentale : avec les applications à la météorologie et aux arts industriels » du milieu du XIXème siècle, on peut lire le questionnement élaboré sur ce sujet : «  On admet généralement que dans les hautes latitudes, l’aurore polaire est accompagnée d’un bruissement particulier, augmentant d’intensité quand les rayons s’élancent avec la vivacité et analogue à celui que produisent les aigrettes électriques. L’opinion des habitants des régions boréales est unanime à cet égard. Cependant, bien des voyageurs n’ont pu entendre ce bruit. Il en était ainsi des membres de la Commission scientifique du Nord, qui ont observé, à Bosekop, 153 aurores boréales.  De plus, il résulte d’une enquête  qu’ils ont faite dans ce pays, que le bruit  entendu était produit soit par un vent, soit par la crépitation de la neige. »3

Au XXème siècle, avec le développement de nouvelles technologies, les recherches sur l’espace sont devenues plus nombreuses et plus avancées. Avant d’exposer les recherches utilisées dans le travail d’Anna Hill, nous allons voir plusieurs hypothèses sur l’origine des sons émis par les aurores boréales.

Une des premières recherches pertinentes sur ce sujet a été faite par S. M. Silverman dans les années 1970. 4 D’après sa théorie, l’effluve électrique se produit à partir d’électrodes ponctuelles provenant des endroits où il y a des gradients élevés. La décharge peut produire différents sons, du bruissement au sifflement. Le champ électrique nécessaire pour déclencher la décharge  est d’environ 1 500 V / m. En effet, le champ électrique de 100 V / m est présent en permanence dans l’air libre. Pendant les périodes de forte aurore, le champ électrique peut atteindre des valeurs de 1000 V/ m et plus. L’effluve peut avoir des effets secondaires tels que des picotements de la peau, ou l’odeur de l’ozone (produit pendant la décharge). Il y a des observations indiquant l’odeur de l’ozone.

Dans les années 1980, Colin Keay privilégie la théorie que les ondes électromagnétiques sont transmises en ondes acoustiques. Cette théorie  montre que les fréquences audio des ondes électromagnétiques peuvent partiellement transférer leur énergie à ondes acoustiques à l’aide d’objets appropriés dans le voisinage de l’observateur. Ces objets peuvent être des cheveux, de l’herbe, des arbres, etc.  Les expériences en laboratoire montrent que les sujets les plus «sensibles» peuvent percevoir des variations du champ électrique aussi basses que 160 V / m pour des ondes avec une fréquence de 4 kHz et 8. Cependant, la sensibilité chez les sujets peut varier de mille fois.

Les lumières aurorales proviennent d’une hauteur de 60 à 400 kilomètres. On peut supposer que les sons sont produits à l’intérieur de l’aurore et après se propagent sur ​​la terre. Puis le son s’atténue en raison de la propagation. En outre, suite à l’atténuation des sons à haute fréquence seulement 0,1% de l’énergie des vagues de 40 Hz peut atteindre la terre à une hauteur de 60 km, et encore moins pour des ondes de fréquence plus élevées. En conséquence, les sons de haute fréquence ne seront pas audibles. Seules les ondes acoustiques ioniques avec une fréquence d’environ 1 Hz et moins (infra sons) peuvent se propager pratiquement sans atténuation. Les sons infra ont été enregistrés par les instruments scientifiques, cependant, ils sont trop faibles pour être audible.

Les dernières recherches scientifiques ont permis de découvrir que les sons associés avec les aurores boréales sont  probablement causés par ces mêmes particules énergétiques du soleil qui créent les aurores boréales loin dans le ciel. Ces particules ou la perturbation géomagnétique produite par elles semblent créer un son assez proche de la terre. Mais le processus même de la production des sons des aurores boréales reste à découvrir. 5 Les aurores boréales sont toujours un mystère qui émerveille les gens sur toute la planète.

Grâce à de nombreuses recherches sur l’audibilité des aurores, les artistes ont également obtenu la possibilité de réaliser des œuvres consacrées à ce phénomène céleste. Ainsi, Anna Hill a réalisé, en collaboration avec une équipe scientifique, une expérience d’enregistrement audible de ce phénomène céleste.

Voyage à la quête de sons célestes

Pour réaliser son projet Anna Hill est allée à Kopello (Laponie) équipée d’une caméra Hasselblad, d’un posemètre et d’une tripode. Grâce à des microphones de haute qualité, l’artiste a enregistré les sons provenant des aurores boréales. En même temps, elle a rencontré les habitants de cette région dont le folklore l’a inspirée pour son projet. Equipée d’un enregistreur, Anna Hill a fixé les chants des gens rencontrés dans le village. Après Kopello, Anna Hill a continué son voyage jusqu’à l’Observatoire Géophysique de Sodankylä où elle a rencontré une scientifique Esa Turunen qui faisait des recherches sur  les sons géo magnétiques liés à l’aurore. La scientifique a commencé à travailler  sur ce sujet à la fin des années 1990 en vue de vérifier si le son des aurores boréales était un phénomène réel ou s’il était dû au disfonctionnement de la perception humaine. Dans son compte rendu «Measurements and analysis of auroral sounds in Finland 2000-2001 », Esa Turunen donne les résultats de la collaboration entre l’HUT Laboratory of Acoustics and Audio Signal Processing, le Sodankylä Geophysical Observatory et le Finnish Meteorological Institute. Les données réunies pendant 40 nuits avec la participation de plusieurs personnes qui observaient les aurores polaires, démontrent la similitude des descriptions faites dans les différentes régions par les différentes personnes. A peu près la moitié d’entre elles entendait des sons ressemblant au sifflement et l’autre moitié décrivait les sons plutôt comme un crépitement. D’après les témoignages des observateurs des aurores, les sons étaient perçus seulement quand les aurores étaient particulièrement luisantes et actives, ce que confirment les enquêtes précédentes faites à ce sujet.  Ensuite, l’équipe de chercheurs, munie d’un matériel spécialement élaboré pour un usage en extérieur, a capté des enregistrements sonores dans l’atmosphère. Leurs résultats démontrent la corrélation importante entre l’activité géomagnétique et l’énergie acoustique. D’après leurs indices, la source dominante du son se trouve à une distance d’à peu près 25km, mais certaines sources de sons peuvent être localisées seulement à une distance de 600-700m du microphone.

[Figure 1][Figure 2]

La collaboration avec Esa Trunen a inspiré Anna Hill pour sa création des « Remote Auroral Suit », une « veste » permettant d’amplifier les sons de l’aurore boréale et de les transmettre sans fil. L’artiste a travaillé sur « Remote Auroral Suit » à ESTEC (European Space Research and Technology Centre). Une fois testé le prototype « remote auroral suit » à  Sodankylä, le processus de la création de ce projet a été présenté en mai 2003 au Tate Modern Museum, au Symposium International « user _mode »  sur l’émotion et l’intuition dans l’art et le design interactif.  Ensuite, l’artiste a collaboré avec le musicien de « world music » Iarla O’Lionaird avec lequel ils ont produit un morceau musical « Foxes Fire », enregistré un CD qui fait partie de l’installation. Le CD inclut le son de l’aurore boréale (les sons de basse fréquence enregistrés dans l’ionosphère par le matériel installé sur la Terre), le chant traditionnel enregistré à Kopello, le texte « Foxes Fire », mythe finnois sur un renard avec une queue duveteuse envoyant des étincelles de neige dans le clair de lune, ce qui cause des illuminations, lu par Esa Turunen, et la composition d’Iarla O’Lionaird.  Ainsi, l’œuvre « Auroral  Arch »,  exposée au Kilkenny Art Festival en 2003 présentait une installation de lumières polaires comprenant des images de grand format (1m x 1m) prises avec la caméra Hassleblad et une vidéo de l’aurore boréale, accompagnées d’une bande sonore créée en collaboration avec Iarla O’Lionaird. L’installation impliquait la participation du public. Les visiteurs de l’exposition pouvaient se servir des microphones qui connectaient leur respiration à la partie visuelle de l’œuvre lors de leur parcours autour de l’installation, laquelle amplifiait l’image si un visiteur respirait plus fort. Cela évoque la tradition des peuples de la région polaire qui chantent et sifflent pour « appeler » l’aurore boréale. Les Esquimaux croient que par sifflement ils peuvent rapprocher l’aurore et lui transmettre des messages pour les morts, des pratiques similaires se retrouvent dans les rites des Amérindiens.6

 

[Figure 3]

 

[Figure 4]

 

En 2003 le projet a été nominée « meilleure installation interactive » par le BAFTA (British Academy of Film and Television Arts) et en 2004  un court métrage d’Anna Hill « Audible Light » a été présenté pendant l’événement  « Future of  Sound » (Part I) du BAFTA.

La même année, Anna Hill crée sa propre entreprise, Space Synapse, dont le but est  la collaboration entre des spécialistes de différents domaines afin de combiner  l’imagination artistique et les connaissances scientifiques dans la recherche du rapport humain à l’environnement. Le Space Synapse utilise les données provenant de l’espace en vue d’étudier la conscience humaine et l’interaction des êtres humains avec la nature. Comme le dit l’artiste elle-même : “The human race evolved from the Earth and in order to continue evolving into the space age, I believe we must collaborate with, rather than try to control nature.”7

Les projets “Auroral Arch” et “The Remote Auroral Suit” poursuivent cette idée du rétablissement du lien entre la nature et l’être humain. Dans le monde actuel, régi par les nouvelles technologies, l’homme a perdu la connexion initiale avec la nature qu’il y avait dans le temps préhistorique, quand il découvrait l’univers par l’intuition et des sensations enfouies actuellement dans le chaos de l’urbanisation et l’excès de l’information fournie par les médias de la société contemporaine. Quand les nouvelles technologies sont devenues «des prolongements ou autoamputations de nos corps » 8, le rapport à la réalité n’était plus possible  qu’au travers de nouveaux médias. Ironiquement, la quête de conquête de la nature a amené les individus à la perte de certains sens, à la diminution de l’intuition qui est toujours un outil vital important chez les peuples éloignés du chaos de la vie urbaine. Cela explique l’incapacité des chercheurs du XIXème siècle évoquée plus haut, d’entendre les « chants » des aurores polaires. Afin de pouvoir entendre les « chants » de l’aurore boréale décrits dans le folklore depuis plusieurs siècles, l’artiste a été obligée d’avoir recours aux recherches scientifiques actuelles.  Anna Hill se questionne sur ce que les technologies ont donné à l’humanité et de ce qu’elles l’ont privé. Le projet Space Synapse vise à renouer le lien perdu entre l’homme et son environnement grâce aux nouveaux systèmes de communication et les recherches sur l’intuition et ainsi de redonner aux gens les capacités de perception perdues au fil des siècles.

Anna Hill s’inspire de la cosmologie ancienne et intègre ses éléments dans ses œuvres. Ainsi, le ciel, composant important dans la mythologie de différents peuples, devient un champ d’investigation de l’artiste. Depuis les temps préhistoriques le ciel était la source importante de connaissances sur l’univers. L’observation des phénomènes célestes servait de prémisse à la vie spirituelle et religieuse, et ensuite est devenue la base des recherches scientifiques comme l’astronomie, l’astrologie, etc. Aujourd’hui, les investigations sur l’espace donnent accès aux nouvelles expériences perceptives de l’univers mais elles restent limitées aux chercheurs et astronautes. Le but d’Anna Hill est de rendre accessible les sensations spatiales au large public, de rendre les individus plus sensibles à leur environnement car écouter la nature c’est tout d’abord nous écouter nous-mêmes comme partie intégrante de celle-ci. L’artiste vise à changer notre perception de nous-mêmes dans l’univers à travers des expériences auditives rendues possibles grâce à une collaboration avec des scientifiques.

 

[Figure 5]

 

Le projet d’Anna Hill dans le cadre de l’histoire du concept de « son & lumière »

L’expérience sonore produite par Anna Hill est basée sur les sensations synesthésiques  combinant les variations lumineuses et des sons des aurores polaires qui étaient éprouvées par les gens encore à l’aube de l’humanité. Au cours de l’histoire les individus ont remarqué que les perceptions sonores et visuelles sont très connectées. Un des premiers concepts philosophiques sur le son et la lumière a été élaboré au XVIIème siècle. Le mathématicien Louis Bertrand Castel (1688-1757)  a consacré trente ans de sa vie à la création du  « clavecin pour les yeux » et au développement de la théorie de mélodie des couleurs qu’il décrit dans son ouvrage scientifique « Optique des couleurs » (1740). Athanasius Kircher, inspiré par Castel développa ses propres bases théoriques dans « Musurgia Universalis ». Dans cet ouvrage, il parle de l’harmonie des couleurs avec l’analogie musicale, en disant que « si, quand un instrument de musique joue, on pouvait voir les mouvements produits dans l’air, on verrait une image d’une extraordinaire variété de couleurs ».

Au cours du XXème siècle, l’expérimentation avec le son et la lumière a permis la réalisation de plusieurs œuvres musicales et artistiques, à commence par la « symphonie lumineuse » d’Alexandre Skriabine  « Prométhée » (1910) où la musique était accompagnée par des lumières de différentes couleurs, jusqu’à la combinaison de sons et de projections lumineuses gigantesques dans des mises en scènes de concerts rock à partir des années 1970.

Dans la science, le concept son et lumière a aussi été appliqué. Ainsi, dans les années 1970 les scientifiques soviétiques de l’Institut médico-biologique du Ministère de la Santé de l’URSS et les spécialistes en cinéma du Studio cinématographique Alexandre Dovjenko (Kiev) ont créé une machine « Variateur des couleurs » afin d’adapter les astronautes aux conditions extraterrestres grâce à la création de compositions combinant les sons et les couleurs.

Dans le cadre de son projet Space Synapse, Anna Hill continua de travailler sur l’audibilité des aurores boréales. En 2005 « Auroral Synapse » était adapté pour une exposition éducative pour les élèves de seize écoles de Liberties (Dublin) grâce à sa collaboration avec Discover Science and Engineering, programme gouvernemental irlandais qui vise à augmenter l’intérêt des élèves et du grand public pour la science. Dans le cadre de « Auroral Synapse », Anna Hill a organisé plusieurs workshops éducatifs pour les élèves des écoles des Liberties.

Ainsi, l’expérience personnelle des personnes est un aspect important du travail d’Anna Hill. Après ses premières recherches sur l’audibilité des aurores boréale, l’artiste a continué de collaborer avec les scientifiques et l’Agence spatiale européenne. Dans le cadre de l’International Héliophysical Year 2007-09 (www.ihi2007.org) Anna Hill en association avec le docteur Peter Gallagher, physicien du Trinity College de Dublin, a présenté le projet « Heliosphere » à la Trinity College Dublin Science Gallery pendant le « Festival of Light » (2008). A part les workshops éducatifs organisés par Anna Hill sur la base des recherches produites à l’ESTEC, l’artiste a présenté une installation qui impliquait la participation des individus qui avaient la possibilité de porter des tenues interactives pouvant capter les signaux de l’ionosphère, 100 km au-dessus de la Terre. Ces vêtements, « remote suits », élaborés par Space Synapse et l’Agence Spatiale Européenne, avaient la capacité également d’émettre des sons, illuminations et vibrations moyennant un SID monitor et un petit récepteur installé sur le toit du Naughton Institute. Ainsi, à la base de l’idée initiale du « auroral remote suit », Anna Hill a développé l’idée de partager les données provenant de l’espace en temps réel et éprouver les sensations qui étaient jusque là accessibles seulement aux astronautes.

Aujourd’hui, quand on se questionne sur le rôle de l’art contemporain et sur son impact sur la société, les projets art & science donnent souvent des réponses directes. Les artistes, en collaboration avec des scientifiques, proposent de nouvelles approches de l’univers et font le public participer aux expériences sensorielles qui changent la vision de la réalité. Anna Hill nous a fait entendre le chant des aurores boréales grâce aux nouvelles technologies et les recherches scientifiques très avancées. Mais d’autre part, son projet interroge notre rapport au monde dans lequel nous vivons et met en évidence notre affaiblissement perceptif. La quête de la civilisation nous a amené à la situation quand nous devons revenir à la nature pour chercher les « remèdes » auprès des peuples traditionnels. Auroral Synapse démontre que nous ne sommes pas obligés d’opposer la science et les croyances anciennes, les deux approches de la réalité peuvent coexister et se compléter pour redonner aux gens la perception perdue.

 

Credits photos : Auroral Synapse by ​Anna Hill, ​published by ​​Space Synapse ​2003. With support from the ​Irish Arts Council and the Firestation Artists Studios.

Citer cet article

Alla Chernetska, « Chant des aurores boréales dans l’œuvre d’Anna Hill : », [Plastik] : Arctique #05 [en ligne], mis en ligne le 19 juin 2017, consulté le 16 décembre 2018. URL : http://plastik.univ-paris1.fr/chant-des-aurores-boreales-dans-loeuvre-danna-hill-la-mythologie-nordique-a-la-base-de-recherches-scientifiques/

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