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Les ateliers d’artistes contemporains de la Caraïbe

Les ateliers d’artistes contemporains de la Caraïbe


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Table des matières

Éditorial

De manière générale, l’atelier d’un artiste est un lieu hors du commun, singulier, fascinant, parfois inquiétant, voire troublant. Il est un lieu mystérieux, car il renferme les secrets de l’élaboration de l’œuvre. Le visiteur qui y pénètre a conscience d’entrer dans un espace particulier, intime, qui donne autant à voir qu’il dissimule. L’invité y découvre les outils et le matériel servant à la création, l’organisation de l’espace, des œuvres en cours de réalisation et d’autres achevées, il y éprouve des sensations, des émotions. Mais il ressent aussi qu’au-delà de ce qui est visible, existe une autre réalité qui relève du non visible, de l’indistinct, de l’inaccessible, et qui pourtant est déterminante. Pour le dire succinctement : le visiteur n’accède pas au secret des affres de la création. Quelques témoignages et écrits d’artistes livrent toutefois certaines informations, mais seule l’expérience de la création permet d’en prendre véritablement la mesure.

Chaque atelier se caractérise par une atmosphère, une superficie, un agencement. Il est un antre dans lequel le créateur pense, agit, rêve, cherche, explore, tente. Il est le lieu à la fois de l’incertitude, des élans, des tentatives, des insatisfactions, du plaisir, du désir, de l’accomplissement, des échecs et des réussites. Il est le lieu d’une bataille, le lieu muet d’une lutte sans cesse répétée entre l’artiste et son outil, son support, le matériau qu’il utilise, « l’objet » auquel il tente de donner vie. Outre les productions qui résultent de cette lutte, quelques traces peuvent subsister au sol et/ou sur les murs. Selon qu’il est occupé par un peintre, un sculpteur, un graveur, un assemblagiste, etc., l’atelier a ses particularités. Quoiqu’il en soit, il est un lieu fondateur.

Ce mystère du lieu répond au mystère de la création. La découverte de l’atelier ne permet pas de lever totalement le voile. Le questionnement demeure, des zones d’ombre subsistent. Ce qui échappe fascine. S’interroger sur ce lieu, c’est donc aussi s’interroger ce qui s’y passe, c’est-à-dire sur le processus créateur. L’atelier est souvent à l’image de celui qui l’occupe. Certains ateliers sont aussi parfois à l’image des œuvres qui y sont produites.

Ce numéro de Plastik s’intéresse à une certaine catégorie d’ateliers, ceux que l’on trouve actuellement dans une zone géographique que l’on nomme la Caraïbe, qui renvoie à une partie insulaire et une autre continentale. La Caraïbe insulaire est située aux portes des Amériques comprenant les Grandes et les Petites Antilles, tandis que la Caraïbe continentale s’étend de la Floride à la Guyane, dont les rivages bordent le Golf du Mexique et la mer des Caraïbes. Pour ce qui est de la Caraïbe insulaire dont il est principalement question dans ce volume, celle-ci se caractérise par un climat tropical assez chaud tout au long de l’année avec de fortes précipitations pendant la saison pluvieuse. Le climat, comme partout ailleurs sur cette planète, détermine un certain nombre de caractéristiques en termes, entre autres, d’habitat et de mode de vie. Par ailleurs, la vie sur une île génère également des comportements et des rapports au monde particuliers. La question que l’on se pose légitimement est de savoir si le climat et l’insularité produisent des formes d’art spécifiques, si les lieux de création sont impactés par ces facteurs et s’ils ont des caractéristiques particulières.

Pour ce qui est des productions artistiques, un numéro spécial de la revue Recherches en Esthétique (n° 20, « Créations insulaires ») a précisément porté sur cette question de la relation entre l’insularité et la création ; sachant que, de plus, le terme insularité renvoie à une grande diversité de réalités selon qu’il s’agit d’îles isolées ou situées dans un archipel, selon également leur taille, leur éloignement d’un continent, etc. Ce numéro de Plastik s’intéresse lui plus spécifiquement aux lieux de créations, pour en décrire leurs aspects, au travers d’une sélection d’artistes et d’espaces. L’objectif n’est pas de transformer des observations faites in situ en généralité afin de tenter d’en tirer des invariants présentés comme des caractéristiques d’une région. Certes, il y a des points communs, mais il s’agit aussi d’éviter de tomber dans le piège de la généralisation, ou d’une vision exotique des choses.

Les treize textes qui composent ce numéro ont pour auteurs et autrices des personnes vivant dans les territoires concernés, natives ou non, ou qui en ont une connaissance personnelle et directe. Leurs choix résultent d’une connaissance du contexte, des artistes et de la fréquentation de leurs ateliers respectifs. Il s’agit donc de choix personnels qui ont valeur de témoignage. La dimension témoignage est renforcée par le fait que trois de ces textes sont des entretiens d’artistes.

Ce volume se subdivise en deux parties principales : les Petites Antilles, les Grandes Antilles, ce à quoi s’ajoute un texte concernant un territoire de la Caraïbe continentale : la Guyane. De plus, l’entretien avec un artiste guadeloupéen, Alain Salevor, permet de découvrir un atelier situé en Picardie mais fortement relié à la Guadeloupe.

La question qui se pose également est de savoir si les ateliers sont différents en fonction de la zone géographique dans laquelle ils se trouvent. Un atelier dans le Grand Nord est-il semblable à un atelier par exemple dans le désert de l’Arizona, à New York ou sous les Tropiques ? Pour ce numéro, les contributions s’intéressent en particulier aux ateliers d’artistes contemporains caribéens, pour en dégager certaines particularités et observer ce que le contexte d’insularité génère comme types de démarche, de pratiques, de stratégies.

Sommaire

Éditorial

I- Petites Antilles (Martinique, Guadeloupe)
Martinique
1/ Entretien de Victor Anicet avec Hélène Sirven, « Les ateliers de Victor Anicet »
2/ Entretien de Valérie John avec Dominique Berthet, « L’atelier-œuvre »
3/ Dominique Berthet, « Artistes bâtisseurs en Martinique »
Guadeloupe
4/ Alain Joséphine, « L’atelier ouvert, un lieu de diffractions »
5/ Mathilde et Pauline Bonnet, « Sœurs-artistes aux Antilles : l’atelier archipélique,
espaces de communication »
6/ Fanny Marin, « Ateliers caractéristiques d’artistes de Guadeloupe »
7/ Cécile Bourgade, « La question coloniale comme déplacement géographique de lieux de création : Minia Biabiany à l’œuvre »
8/ Entretien d’Alain Salevor avec Guillaume Robillard, « La Caraïbe en Picardie : l’atelier d’Alain Salevor »

II- Grandes Antilles (Haïti, République dominicaine, Cuba)
Haïti
9/ Anne-Catherine Berry, « Atis Rezistans : les ateliers d’artistes de la Grand-Rue »
10/ Anna Szyjkowska-Piotrowska, « Quand l’atelier devient l’espace et l’échange, ou les Polonais en Haïti »
République dominicaine
11/ Licelotte Nin, « Qui a mis le feu au soleil ? »
Cuba
12/ Martine Potoczny, « Cuba : les ateliers d’artistes, des espace-temps singuliers »

III- Guyane
13/ Pierre Juhasz, « Le CARMA, un atelier, une expérience collective, un lieu de création en Guyane »

Citer cet article

Dominique Berthet et Hélène Sirven, « Les ateliers d’artistes contemporains de la Caraïbe », [Plastik] : Ateliers d’artistes contemporains en Caraïbe #18 [en ligne], mis en ligne le 9 avril 2026, consulté le 10 avril 2026. URL : https://plastik.univ-paris1.fr/2026/04/09/les-ateliers-dartistes-contemporains-de-la-caraibe/

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